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  • Tanu

Extrait

Mis à jour : 29 avr. 2018



"... Deux hommes nous abordèrent, ou plutôt abordèrent Clara. Ils étaient plutôt sympathiques et moins envahissants que je l’avais craint à leur approche. Ils faisaient vaguement partie du monde du cinéma, mais ne s’étendirent pas vraiment sur le sujet, certainement pour laisser planer le doute et essayer d’en tirer profit. Peu nous importait, on pouvait rire et plaisanter, leur compagnie était agréable, même si leur venue était clairement destinée pour l’un à devenir une tentative de séduction envers ma cousine, qui ne semblait pas du tout intéressée mais restait comme toujours polie et naturellement attirante. Après vingt minutes en leur compagnie, je commençais néanmoins à m’ennuyer, et mon regard déviait sans cesse derrière nous, à la table de Gary Grimm, ce qui me troublait passablement. D’autant que cette fois j’en avais eu la certitude, ses yeux s’étaient posés un long moment sur moi, provoquant une onde de chaleur de mes pieds à ma tête. J’allais proposer à Clara de sortir prendre l’air afin d’échapper à son prétendant, quand le barman nous proposa un autre verre. Je refusais gentiment, mais il me sourit et pointa du doigt la table derrière nous.

- Moi je veux bien ne pas te le servir, mais je crois qu’il faudra expliquer ton refus à la personne qui souhaite te l’offrir.

Gary Grimm souriait et me regardait. Moi. Pas Clara, pas ma voisine, pas une autre. Il me regardait moi, dans les yeux, franchement, avec une étrange expression de douceur, et ce petit air un peu moqueur que j’adorais. Je n’avais donc pas rêvé. Il leva son verre avec un petit geste discret. Je lui répondis par un sourire, puis acceptais le verre que me tendait le barman, hilare. C’est alors que je vis l’expression incrédule de Clara, et que je réalisais du même coup ce qui venait de se passer.

- Tess… ! Je rêve ?!

Clara, sans voix, ne termina pas sa phrase. Ce n’était pas normal. Pas plus que cet homme connu, courtisé et admiré qui m’offrait un verre. J’essayai de minimiser la chose, sans grand espoir.

- Laisse tomber, c’est sûrement habituel dans ce genre de soirée. Les gens consomment à tout va autour de nous et personne ne sort d’argent… je suis sûre que ce n’est même pas lui qui règle l’addition.

J’avais essayé de faire ce petit discours du ton le plus détaché que je pouvais. Mais Clara me regardait toujours, la bouche ouverte. En fait, je constatais avec effarement que ses yeux allaient de moi à Gary Grimm sans la moindre discrétion. Cela ne lui ressemblait pas d’être impressionnée par quoi ou qui que ce soit.

- Clara, bordel, cesse de le regarder ainsi !

- Tu crois qu’il se gêne lui ? Il te mange du regard ! Et toi tu restes là, tu lui tournes presque le dos !

- Que veux-tu que je fasse ? Je l’ai remercié…

Ma cousine était abasourdie, mais elle finit par rire franchement et me montra mon verre du doigt.

- Tu as raison, tout est normal. Ton verre est déjà vide mais j’imagine que tu avais simplement très soif…

J’avais avalé mon champagne d’une traite sans m’en rendre compte. Clara continua de me chambrer et de s’agiter pendant plusieurs minutes. Je finis par rire aussi, mais au fond de moi je ne faisais pas la maline. C’était un tout petit geste de rien du tout. J’avais connu d’autres soirées, d’autres hommes, d’autres situations un peu décalées et parfois magiques, j’avais séduit, un peu, parfois, souvent… mais je n’arrivais pas à rester aussi détachée que je l’aurais souhaité. Il fallait que je prenne l’air. Quand je reviendrais, tout me semblerait sûrement moins incroyable.

Je quittais une Clara morte de rire de me voir ainsi perturbée. Je faisais semblant de chercher les toilettes, mais en fait il fallait que je trouve la sortie. La sortie de la discothèque, la sortie de l’hôtel. La sortie de cet état semi-hypnotique dans lequel je m’étais ridiculeusement plongée. Je devais retrouver le silence et les étoiles. J’adorais regarder les étoiles, elles m’inspiraient souvent. Ce soir-là, elles étaient, me sembla-t-il, particulièrement nombreuses et brillantes. Voilà que le ciel s’y mettait ! Seigneur, quelle soirée ! Je bénissais la providence pour ce joli moment que je venais de passer. Même s’il ne signifiait probablement pas grand-chose. Je suis restée ainsi quinze bonnes minutes, à respirer l’air de cette nuit différente. J’étais à présent convaincue que je pouvais retourner vers Clara. Gary Grimm ne serait probablement plus là, ou plus aussi près, ou très occupé, et on allait pouvoir reprendre le cours normal de notre soirée. Je réalisais d’un coup que nos deux prétendants du début de soirée avaient disparu sans que je m’en rende compte.

Quand je rejoignis Clara, j’eu droit à un regard désapprobateur que je ne compris pas tout de suite. Un nouveau verre de champagne m’attendait, et celui de Clara était cette fois aussi rempli. Je levais mon verre vers elle.

- Merci ma belle, à notre soirée, à notre…

Clara me coupa sèchement.

- Ce n’est pas moi, c’est lui !

Elle désigna Gary Grimm, toujours appuyé au bar, quelques mètres derrière moi. J’avalais ma salive avec difficulté.

- Il est venu me parler.

C’était donc ça ! Il n’en avait pas après moi, il voulait aborder Clara, comme la majorité des hommes qu’on avait rencontrés lors de nos sorties, et cet idiot de serveur s’était trompé de personne.

- Il voulait savoir si tu étais partie ou si tu comptais revenir. Il était plutôt sympathique mais je crois que ton attitude limite mal élevée l’interpelle un peu. Et je le comprends.

Je n’avais pas eu le temps de savoir si l’idée qu’il s’intéresse à Clara plutôt qu’à moi me soulageait ou me décevait. Je nageais en pleine confusion. Clara sembla soudain moins énervée après moi, elle me regardait à présent droit dans les yeux avec un air sérieux qui ne lui était pas familier.

- Tess, je crois qu’il n’est pas aussi superficiel que tu voudrais le croire. Et je pense que ce serait bien que tu ailles le voir. Il avait l’air vraiment déçu que tu partes.

J’eu beau chercher, je ne trouvais aucune trace de plaisanterie, ni dans le ton de sa voix, ni sur son visage. Je commençais à paniquer.

- Aller le voir ? Mais pour lui dire quoi ? Salut, merci pour le verre, bonne soirée, à jamais… ? Clara, il est entouré de dizaine de femmes et d’hommes qui mangent sur ses bottes… je ne sais pas pourquoi c’est moi qu’il a choisie pour cible de jeu ce soir, mais je ne vais quand-même pas prendre le risque de me ridiculiser devant tous ces gens même si je ne les connais pas…

- C’est maintenant que tu es ridicule ! Il essaie d’attirer ton attention, pas une mais deux fois, il vient me demander où tu es, il te cherche du regard depuis une heure et toi tu l’ignores. Il est beau et sympathique, et il n’a d’yeux que pour toi ! Tu aurais sûrement donné sa chance à n’importe quel autre homme présentant les mêmes atouts, qu’est-ce qui te prend tout à coup ?

Clara semblait réellement interloquée. J’avais à nouveau la tête à l’envers.

- Il me prend que c’est Gary Grimm. Tu exagères… il doit en manger des yeux bien d’autres… ce n’est pas ton genre d’être si enthousiaste. Tu te laisses emporter par l’ambiance.

Je souris à ma cousine, je ne voulais pas la fâcher, ni gâcher la soirée, même si je ne comprenais pas pourquoi elle s’emballait autant pour ça.

- S’il veut me connaître, il n’a qu’à venir, je le vaux bien, non ?

Je plaisantais, évidemment. Mon trait d’humour fit rire Clara. J’avais atteint mon objectif. Mais soudain, je vis son visage redevenir sérieux, une fois de plus. Elle regarda rapidement par-dessus mon épaule, puis me fixa intensément.

- Eh bien ma belle Tess, on dirait que c’est exactement ce qu’il est en train de faire…

Avant que j’aie le temps de me retourner complètement, Gary Grimm était à côté de moi."

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© 2018 Tanu Meier Farine